Réaménagement du Cap d’Antibes : le tribunal administratif donne raison aux mobilités actives
Le 10 juin, le tribunal administratif de Nice a annulé la décision de la ville d’Antibes de ne pas garantir la continuité cyclable lors du réaménagement du Cap d’Antibes. Le juge administratif rappelle à la ville la nécessité d’aménager le Cap sans sacrifier la continuité cyclable, essentielle à la sécurité des personnes lorsqu’elles se déplacent à vélo.
Notre association se félicite de cette décision. Non pas parce qu’elle constitue une victoire juridique en soi, mais parce qu’elle réaffirme que les déplacements du quotidien à vélo méritent la même attention que les autres modes de transport. Le véritable enjeu reste la mise en œuvre de solutions permettant à chacune et à chacun de circuler en sécurité.
C’est dans cette finalité que notre association a initialement interpellé la collectivité par un recours gracieux dès 2024 au sujet du réaménagement du Cap d’Antibes. Notre objectif n’a jamais été de bloquer un projet, mais d’ouvrir un dialogue sur la place du vélo dans le réaménagement du Cap.
Faute d’échanges constructifs, l’arbitrage du sujet par un juge administratif s’est révélé être la seule option pour que les mobilités actives – et notamment le vélo – ne soient pas encore les grandes oubliées dans le partage de l’espace. Il est maintenant du ressort de la collectivité de reconsidérer ce partage, ce pour quoi le juge administratif lui a octroyé douze mois.
Contrairement à certaines idées reçues, la loi n’impose pas nécessairement la création d’une piste cyclable sur l’ensemble du parcours. Ce qu’elle exige, c’est que les personnes à vélo puissent circuler dans des conditions de sécurité adaptées (la piste cyclable n’est pas la seule solution).
Aujourd’hui, l’insécurité ressentie sur le Cap d’Antibes provient principalement de la vitesse et du volume du trafic motorisé, incompatibles avec une circulation mixte avec les modes actifs, conformément aux recommandations des experts.
Face à cette situation, plusieurs solutions existent, et toutes n’exigent pas nécessairement des investissements lourds.
Techniquement, un espace parfois étroit et où le flux automobile est trop dense et rapide ne permet pas un partage sûr de la route. Deux options sont envisageables :
- La première consisterait à élargir la chaussée pour créer des aménagements cyclables séparés. Cette option est toutefois coûteuse, complexe à mettre en œuvre et potentiellement incompatible avec les contraintes patrimoniales et environnementales du site.
- La seconde, que l’on retrouve dans de nombreux sites touristiques et résidentiels en France et en Europe, consiste à réduire la circulation de transit et à apaiser les vitesses. Un trafic plus faible et plus lent permet un partage de l’espace plus sûr et plus confortable pour tous les usagers.
Cette seconde solution suppose de réviser le plan de circulation, de manière à permettre le trafic de desserte locale et à orienter le trafic de transit vers des axes adaptés. Cette option, totalement compatible avec le site en question, combinerait de plus de multiples avantages : coût réduit, amélioration de la sécurité, réduction du bruit et de la pollution, meilleur confort pour les piétons, les familles, les personnes âgées ou à mobilité réduite, et valorisation du cadre de vie exceptionnel du Cap d’Antibes.
Le véritable enjeu dépasse la seule question du vélo. Il s’agit de réfléchir au type d’espace public que nous souhaitons pour le Cap : un itinéraire principalement dédié au trafic motorisé de transit, ou un lieu de promenade et de vie accessible à toutes et tous.
Le jour où chacun(e) pourra parcourir le Cap d’Antibes à vélo en toute sécurité, où les familles pourront s’y déplacer sereinement, où les habitant(e)s profiteront pleinement de leur cadre de vie et où les enfants pourront y jouer sans crainte, nous pourrons collectivement célébrer une réussite.
En attendant ce jour, notre association reste, comme depuis plus de dix ans, au service de toutes et tous, citoyen(ne)s, élu(e)s et leurs collectivités, prête à partager une expérience constructive, que ce soit pour aider à choisir un trajet ou une orientation de politique cyclable.